À propos de l'étude

Ce texte de vulgarisation résume l’article de Guillaume Raymond, Martin Blais, Félix-Antoine Bergeron et Martine Hébert, « Les expériences de victimisation, la santé mentale et le bien-être des jeunes trans au Québec », publié en 2015, dans Santé mentale au Québec, vol. 40, n° 3, p. 77-92.

  • Faits saillants

  • Les jeunes trans sont plus à risque de subir de la victimisation que les autres adolescents, que ce soit des remarques blessantes de la part de leurs parents ou de la discrimination basée sur leur genre à l’école.
  • À l’instar des filles, les jeunes trans sont plus à risque d’avoir une faible estime de soi et de souffrir de détresse psychologique que les garçons.
  • La majorité des jeunes trans (66 %) et des filles (60 %) rapporte avoir reçu des insultes ou des remarques blessantes de la part de leurs parents, contre une minorité de garçons (27 %).

« Tu es perdu.e. » « Ce n’est qu’une phase. » « Fais un homme de toi! »… C’est le genre de remarques que les jeunes trans peuvent parfois entendre de la bouche de leurs parents. Que ce soit à la maison ou à l’école, ils et elles sont plus à risque de vivre de la violence : regards réprobateurs, insultes, harcèlement, voire attaques physiques…

Comment s’accepter soi-même quand nos amis, et même nos parents, peinent à le faire?

Les auteurs de cette étude ont comparé la situation de jeunes trans à celle d’adolescents cisgenres face à deux formes de discrimination : celle basée sur la non-conformité de genre et celle vécue spécifiquement de la part de leurs parents. Les chercheurs ont également voulu connaître l’impact de la discrimination sur l’estime de soi et la détresse psychologique des participants.

Les données de cette étude proviennent de l’enquête sur les Parcours Amoureux des Jeunes (PAJ), à laquelle ont répondu 8194 jeunes âgés de 14 à 22 ans. Les informations ont été compilées à l’aide d’un questionnaire distribué en classe ou en ligne. Au total, 37 jeunes ayant participé à cette enquête se disaient trans ou en questionnement. Leurs réponses ont été comparées à celles de 37 filles et 37 garçons cisgenres et hétérosexuels possédant des caractéristiques sociodémographiques semblables à celles des trans (ex : âge, région géographique, niveau de scolarité).

Trop, c’est comme pas assez

Une fille qui porte des vêtements amples et « masculins »… Une femme qui travaille dans le milieu de la construction… Un « garçon manqué »… Ou encore un homme un peu trop doux et émotif… Quand une personne n’agit pas en conformité avec son genre, qu’elle adopte des attitudes associées à l’autre sexe, elle peut déclencher de très fortes réactions chez certaines personnes. Devant ce qui leur semble anormal, certains iront jusqu’à insulter et exclure la personne différente.

Dans cette étude, la discrimination basée sur la non-conformité de genre est mesurée par l’énoncé suivant : « Dans les 12 derniers mois, as-tu personnellement été traité de façon injuste parce qu’on considérait que tu étais trop féminin ou pas assez masculin [pour les garçons] ou trop masculine ou pas assez féminine [pour les filles]? »

Comme le démontre le graphique 1, une grande majorité de jeunes trans (70 %) disent avoir subi un traitement injuste en raison de leur expression de genre, contre une minorité d’adolescents cisgenres (8 % chez les filles et 5 % chez les garçons).

Graphique 1. Types de victimisation vécus par les jeunes (trans, filles et garçons cisgenres), en pourcentage (%)

Violence verbale : les trans comme les filles?

Plusieurs parents sont sous le choc lorsqu’ils apprennent que leur adolescent s’identifie à un autre sexe que celui de naissance. Certains sont incapables d’accepter la situation et peuvent aller jusqu’à rejeter leur enfant. Selon une étude, « jusqu’à 73 % des jeunes trans sont « parfois » ou « souvent » harcelés verbalement par leurs parents au sujet de leur expression de genre[1]. » Les adolescents trans se feraient donc davantage insulter par leurs parents que les autres? Pour explorer cette hypothèse, les auteurs ont demandé aux participants de répondre aux énoncés suivants : « Ma mère/mon père… me dit des choses blessantes et/ou insultantes. ».

Une majorité de jeunes trans (66%) et de filles (60%) rapporte avoir reçu des insultes ou des remarques désobligeantes de la part de leurs parents. La situation des garçons est bien différente : seul le quart d’entre eux disent avoir été blessés verbalement par leurs parents (27 %). Les parents auraient donc tendance à employer davantage de remarques blessantes envers leurs filles et enfants trans qu’envers leurs fils. Les auteurs ne proposent pas d’interprétation pour expliquer ce phénomène. Il est important de noter que les remarques des parents ne visent pas nécessairement le genre.

Une grande détresse psychologique

Sans surprise, la violence et la discrimination subies affectent la santé mentale des jeunes. Dans cette étude, les trois-quarts des trans (73 %) souffrent de détresse psychologique, près de la moitié des filles (46 %)… mais moins d’un garçon sur cinq (19 %). Encore une fois, la situation des trans ressemble davantage à celle des jeunes filles qu’à celle des garçons. Ces résultats correspondent à ceux obtenus par d’autres études, qui avaient noté que les filles ont généralement plus de symptômes dépressifs et d’idéations suicidaires que les garçons[2].

Les participants trans ont également une moins bonne estime de soi que les adolescents cisgenres. Plus de la moitié d’entre eux présente une faible estime de soi (53 %), contre le tiers des filles (30 %) et environ un garçon sur dix (11 %).

Graphique 2. Jeunes (trans, filles et garçons) rapportant de la détresse psychologique et ayant une faible estime de soi, en pourcentage (%)

Les auteurs mentionnent certaines pistes d’intervention pour faciliter le vécu des jeunes trans, telles que la formation du personnel scolaire et la mise en place de programmes de soutien. Bien entendu, les parents devraient être sensibilisés à l’impact de leurs paroles sur la santé mentale de leur enfant.

De gars à fille ou de fille à gars : même combat?

Combien de participants trans sont nés dans un corps de fille et ont le sentiment d’être un garçon? Et à l’inverse, combien de participants sont nés garçons mais se sentent filles? Les chercheurs n’ont pas demandé aux répondants de préciser cette information; on n’a donc pas pu décrire le vécu selon la direction de la transition.

Puisque les participants trans ont un profil qui ressemble davantage à celui des filles qu’à celui des garçons, il serait pertinent d’explorer les réactions des parents selon le sens de la transition de leur enfant. Par exemple, se pourrait-il que les parents de filles trans (garçons de naissance s’identifiant au genre féminin) réagissent plus négativement que ceux de garçons trans? Une question à explorer dans de futures études.

 

 

 

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[1] Grossman et al., 2007.

[2] Schneider, O’Donnell, Stueve et Coulter, 2012.