À propos de l'étude

Ce texte de vulgarisation résume l’étude de France Asselin, Étienne St-Jean et Luc LeBel : « Les défis du repreneuriat forestier : Étude de cas de relève familiale selon une approche systémique », publiée en 2015 dans Organisations & territoires, vol. 24, n° 1, p. 113-124 

  • Faits saillants

  • Dans les prochaines années, plusieurs entreprises forestières changeront de propriétaire. Certaines seront transmises au sein d’une même famille.
  • La transmission intrafamiliale comporte plusieurs avantages, notamment sur le plan de la préparation de la relève.
  • Le père peut aussi aider financièrement son successeur en réduisant le prix de vente de l’entreprise ou en lui donnant une partie de ses actions.

C’est un fait bien connu, le Canada fait face à un vieillissement de sa population. Une grande partie de sa main-d’œuvre est sur le point de partir à la retraite. Ce phénomène touche différents domaines d’emploi, dont le secteur forestier. Par conséquent, dans les prochaines années, plusieurs entreprises forestières changeront de propriétaire.

Des recherches démontrent que la transmission d’entreprise comporte de nombreux défis. C’est un processus qu’il faut planifier soigneusement en tenant compte des intérêts de diverses personnes et des relations qu’elles entretiennent entre elles : employés, clients, actionnaires, fournisseurs de financement et membres de la famille. Si le propriétaire cède son entreprise à ces derniers, on parle alors de « relève familiale ».

Cette étude de cas a pour objectif de documenter et d’analyser la relève d’entreprise familiale dans le secteur forestier au Québec. Les chercheurs se sont penchés sur les cas de deux familles d’entrepreneurs : dans l’une d’elle, un processus de relève était en cours; dans l’autre, il était achevé. Les informations ont été recueillies par entrevues téléphoniques auprès des pères et des fils.

Léguer sa passion

La transmission intrafamiliale comporte plusieurs avantages, notamment sur le plan de la préparation. Les pères interrogés ont ainsi pu préparer leur fils à reprendre leur entreprise, et ce longtemps à l’avance. En les immergeant dans cet univers dès l’enfance, les fils ont pu développer une vision positive du travail d’entrepreneur forestier.

Plus tard, les pères leur aussi ont transféré un maximum de compétences techniques (comment faire fonctionner les équipements, par exemple). L’un d’eux a déboursé plusieurs milliers de dollars pour former ses fils à utiliser un véhicule lourd. Par ailleurs, la proximité créée par le travail en forêt est propice à la transmission du savoir-faire de père en fils.

Les fils reconnaissent aussi avoir beaucoup appris de leur père en ce qui concerne la gestion d’entreprise. Le fait de regarder leur père à l’œuvre, de le voir mesurer ses succès et ses échecs, leur a inculqué des connaissances fondamentales.

Dans l’une des familles, le père n’a pas tout à fait quitté le navire : père et fils travaillent donc ensemble et y trouvent leur compte. Ils ne sont pas pressés de terminer le processus de relève, parce qu’ils croient que le travail de famille est une force. Ils affirment établir un climat d’entraide et prendre leurs décisions sur un pied d’égalité.

Faciliter la transmission de l’entreprise

La transmission intrafamiliale comporte aussi certains avantages sur le plan financier. Les pères interrogés ont donné à leurs fils une partie des actions de l’entreprise et ces derniers ont donc pu compter sur des fonds suffisants pour prendre la relève. Ce comportement concorde avec les constats d’autres études, qui indiquent que la transmission d’entreprise se déroule généralement assez facilement au sein d’une même famille, entre autres parce que le propriétaire choisit souvent de faire des dons à ses successeurs ou de réduire son prix de vente.

Faire face à la crise 

Depuis une quinzaine d’années, l’industrie forestière québécoise vit une importante crise qui se caractérise par des fermetures d’infrastructures et des mises à pied massives. Cette étude souligne qu’il serait judicieux, dans ces circonstances, que la relève acquière des compétences en matière de négociation et de promotion. C’est que de telles compétences ne lui ont peut-être pas été transmises par la génération d’entrepreneurs précédente, qui a évolué dans un contexte différent. Considérant que le travail des entrepreneurs forestiers les maintient loin des grandes villes, des programmes d’enseignement souples, comme la formation à distance, pourraient permettre à la relève de mieux affronter la crise.