À propos de l'étude

Ce texte de vulgarisation résume l’article de Jacques Couture et Sonia Lessard, « L’aide au masculin : caractéristiques des besoins des hommes âgés aidants », publié en 2015, dans Vie et vieillissement, vol. 13, nº 2.

  • Faits saillants

  • Les proches aidants de sexe masculin ne demandent que rarement du soutien, que ce soit auprès de leurs proches, du réseau communautaire ou du réseau de la santé.
  • Le service le plus utilisé par les hommes aidants est le répit. Plusieurs déplorent toutefois le peu d’heures de répit offertes par semaine et le fait que l’intervenant ne soit pas toujours le même.
  • Ceux qui utilisent le soutien psychologique préfèrent l’intervention sur une base individuelle; plusieurs d’entre eux n’aiment pas exprimer leurs émotions en groupe.

Beaucoup d’hommes, aujourd’hui âgés, ont grandi en se faisant dire de ne pas afficher leurs faiblesses, de rester forts, d’agir « comme un homme ». C’est peut-être pourquoi, face à l’adversité, certains hésitent à demander de l’aide. Comme beaucoup d’hommes âgés qui s’occupent d’un proche ou d’une conjointe malade ou en perte d’autonomie.

Au Canada, près de la moitié des aidants sont de sexe masculin (46 %) et ils seraient moins nombreux que les femmes à recourir aux services de soutien qui leur sont offerts [1]. Pourquoi, au juste? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans le fait que les services ont été développés par et pour des femmes, et qu’ils ne répondent ainsi pas entièrement aux besoins spécifiques d’une clientèle masculine.

C’est l’hypothèse que soulèvent Jacques Couture, conseiller à la Société Alzheimer de Montréal, et Sonia Lessard, directrice générale chez L’Appui Montérégie. Leur objectif : identifier les caractéristiques des hommes âgés aidants, afin de mieux les rejoindre. Pour ce faire, ils ont mené des entrevues semi-dirigées auprès de 50 hommes aidants et de 20 intervenants du réseau communautaire et du réseau de la santé. Par la suite, ils ont organisé un groupe de discussion afin de valider les informations recueillies.

Les aidants, presque tous âgés de soixante ans et plus, sont majoritairement retraités et apportent leur aide à un proche depuis au moins six mois. Deux participants sur trois prennent soin leur conjointe, alors que le quart d’entre eux soutient un ou deux parent(s). De plus, la majorité d’entre eux estime devoir être présent en tout temps auprès de l’aidé(e).

Surtout, ne pas déranger

Le rôle d’aidant peut s’étendre sur de nombreuses années : près du quart des répondants occupent ce rôle depuis plus de dix ans! Malgré le poids de leurs responsabilités, la moitié des proches aidants interrogés ne demandent jamais d’aide à leur famille ou à leurs amis. Seul un tiers en demandent, mais pas sur une base régulière. Pourquoi sont-ils si peu nombreux à demander du soutien? Parce qu’ils ne veulent pas déranger et craignent les refus. Chez ceux qui demandent de l’aide à leurs proches, le sentiment d’être soutenu serait surtout présent au début de la prise en charge, puis s’amenuiserait au fil du temps.

« On peut compter sur les amis au début, mais quand la maladie progresse… Après un an, le soutien diminue et on ne les voit presque plus. »

– Un aidant.

Tâches domestiques et soutien émotif

De nombreux aidants apprécient particulièrement recevoir de l’aide pour les tâches domestiques, des tâches, disent-ils, qu’ils ont plus de difficultés à prendre en charge que les femmes en général. Certains d’entre eux, notamment les plus âgés, n’ont pas l’habitude de participer aux tâches ménagères et à la préparation des repas, puisqu’ils ont passé la majeure partie de leur vie à travailler à l’extérieur de la maison.

Plusieurs répondants disent avoir besoin de soutien psychologique, car ils ont de la difficulté à s’ouvrir à leurs proches. C’est le cas, par exemple, de ceux qui avaient l’habitude de se confier à leur épouse avant l’apparition de la maladie, mais qui n’osent plus le faire aujourd’hui.

« De ne pas pouvoir échanger, la caresser ou recevoir de la tendresse… J’ai l’impression de vivre avec une pensionnaire, pas avec ma femme. Il me manque la présence de ma femme, au point de vue émotif, dans notre relation. »

– Un aidant.

D’ailleurs, le sexe de l’intervenant importe peu pour les aidants; ce qui compte pour eux, c’est que la relation soit empreinte d’empathie et de respect, et que règne un sentiment de confiance.

Une majorité d’aidants utilise le répit, un service de prise en charge de la personne malade ou en perte d’autonomie. Par contre, plusieurs d’entre eux déplorent le fait qu’on ne leur offre que quelques heures (trois ou quatre) par semaine, et que l’intervenant qui offre le répit n’est pas toujours le même. Plus de stabilité au niveau du personnel serait, selon eux, bénéfique pour la relation entre l’intervenant et l’aidé.

Qu’en pensent les intervenants?

La majorité des hommes aidants de cette étude ont recours aux services mis à leur disposition; d’ailleurs, ce sont les intervenants qui ont proposé leur candidature pour l’étude. Dans la population en général, toutefois, les intervenants estiment que seulement un homme sur dix a recours aux services offerts (répit, café-rencontre, formation, groupe de soutien, etc.).

Pas étonnant, alors, que la majorité des intervenants (62 %) trouvent les hommes plus difficiles à rejoindre que les femmes! Comment expliquent-ils cela? Selon eux, les hommes sont habitués à « s’organiser par eux-mêmes » et ont donc davantage de difficulté à demander et à accepter de l’aide.

Fournir une aide qui va droit au but

Certains facteurs favorisent l’utilisation des services par les aidants masculins, selon les auteurs. Des rencontres individuelles sont à privilégier, car les hommes n’aiment généralement pas s’exprimer en groupe. Ils apprécient davantage les services concrets (ex. : aide dans les tâches domestiques) et, plus particulièrement, le soutien à court terme.

« Si une activité s’échelonne sur une période de temps (jours ou semaines), on les perd! Il faut aller droit au but et sans détour alors que pour les femmes, c’est presque le contraire. »

– Un intervenant.

Graphique 1. Des services qui rejoignent les aidants

Les auteurs concluent que les hommes aidants âgés recourent peu aux services qui leur sont offerts puisqu’ils ne répondent pas à leurs besoins particuliers. Selon eux, il sera nécessaire d’adapter les services de soutien pour répondre aux besoins spécifique de cette clientèle masculine. Cette étude met en lumière l’importance de prendre en compte les diverses situations vécues par les proches aidants qui, on l’oublie parfois, ne constituent pas un groupe homogène.

 

 

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[1] Sinha, M. (2013). Portrait des aidants familiaux. (2012). Mettre l’accent sur les Canadiens : résultats de l’Enquête sociale générale, no. 1, Statistique Canada: Ottawa. www.statcan.gc.ca/pub/89-652-x/89-652-x2013001-fra.htm