À propos de l'étude

Ce texte de vulgarisation résume l’étude d’Anne Bourgeois et Solène Lardoux « La fécondité des unions conjugales mixtes au Québec », publiée en 2014 dans Kanouté, F. et G. Lafortune (eds.) L’intégration des familles d’origine immigrante : les enjeux sociosanitaires et scolaires, Montréal: Les Presses de l’Université de Montréal.

  • Faits saillants

  • Les femmes nées au Canada ont plus de chance d’avoir un enfant si leur conjoint est immigrant que s’il est né au Canada.
  • Chez les couples mixtes (natif-immigrant), la fécondité varie selon que c’est l’homme ou la femme qui est immigrant, et selon leurs caractéristiques personnelles (région de naissance, durée de résidence).
  • Ces comportements semblent se transmettre aux générations suivantes : les femmes dont au moins un des parents est né à l’étranger ont une fécondité plus élevée que celles dont les deux parents sont nés au Canada.

Au Canada, un enfant sur quatre naît dans un couple mixte (natif-immigrant) ou dans un couple dont les deux parents proviennent de l’étranger (Statistique Canada, recensement, 2006). On explique généralement cette situation par l’augmentation du nombre de femmes immigrantes en âge de procréer et par la proportion de plus en plus grande d’immigrants provenant de pays à fécondité plus élevée.

Les études antérieures se sont principalement consacrées à la contribution des immigrantes à la fécondité québécoise. Bourgeois et Lardoux adoptent ici un nouvel angle d’analyse : le lieu de naissance des conjoints. Autrement dit, les chercheuses se posent la question suivante : le fait d’avoir un conjoint né au Canada ou né à l’étranger a-t-il un impact sur la fécondité des femmes, qu’elles soient elles-mêmes nées au Canada ou immigrantes? Si oui, comment celui-ci se traduit-il au Québec?

Méthode

Les auteures ont comparé la fécondité des femmes en union conjugale mixtes (un des conjoints est migrant) à celle des femmes en union non mixte (les deux conjoints sont nés au Canada ou les deux conjoints sont nés à l’étranger).

Cette recherche s’appuie sur les données du recensement canadien de 2006. Elle porte sur les femmes de 20 à 44 ans, vivant en union libre ou mariées avec un partenaire de sexe opposé et résidant au Québec. La mesure de fécondité repose sur le fait d’avoir eu au moins un enfant au cours des quatre années avant le recensement.

Une fécondité plus élevée lorsqu’au moins un des conjoints est né à l’étranger

Les résultats indiquent que les femmes immigrantes ont, en général, plus de chance d’avoir eu un enfant qu’une femme née au Canada. Et ce, quel que soit le lieu de naissance de leur conjoint.

Toutefois, cet écart s’amenuise pour les femmes nées au Canada dont le conjoint est immigrant. En effet, les femmes nées au Canada ont plus de chance d’avoir eu un enfant si leur conjoint est né à l’étranger que s’il est né au Canada.

Ainsi, le fait qu’au moins l’un des conjoints soit immigrant augmente les chances du couple d’avoir un enfant.

L’influence des caractéristiques personnelles sur la fécondité des couples mixtes

Les chercheuses apportent plusieurs nuances sur la fécondité des couples mixtes, qui varie selon que c’est  l’homme ou la femme qui est immigrant, leur région d’origine et leur durée de résidence au Canada.

Crédit: Jennifer Stahn

L’influence de la région d’origine

Les femmes immigrantes sont, en général, plus susceptibles d’avoir un enfant que les femmes nées au Canada. Mais ce n’est pas le cas lorsqu’elles sont nées en Asie, en Amérique ou dans un pays du Pacifique et qu’elles sont en couple avec un natif du Canada.

Chez les femmes nées au Canada en couple mixte, la région d’origine du conjoint immigrant a également une influence sur leur fécondité. Les femmes dont le conjoint est natif d’Amérique ou d’un pays du Pacifique ont plus de chance d’avoir un enfant que celles dont le conjoint est originaire d’Afrique ou du Moyen-Orient. Ce résultat peut s’expliquer de différentes façons, dont le fait que les immigrants provenant de ces régions vivent plus de difficultés d’intégration économique et sociale que les autres. Les couples mixtes formés d’un conjoint né en Afrique ou au Moyen-Orient sont aussi plus récents ou de plus courtes durées.

L’influence de la durée de résidence

Les femmes immigrantes qui vivent au Canada depuis plus de six ans sont plus susceptibles d’avoir un enfant que les nouvelles arrivantes (moins de cinq ans). Chez les femmes nées au Canada, la durée de résidence du conjoint immigrant est également notable : elles ont plus de chance d’avoir un enfant s’il est au Canada depuis plus de 10 ans que si son arrivée est plus récente.

D’une génération à une autre

Ces comportements semblent se transmettre aux générations suivantes : les femmes dont au moins un des parents est né à l’étranger ont une fécondité plus élevée que celles dont les deux parents sont nés au Canada. Ce constat soulève la question de l’influence du parent immigrant sur la fécondité de sa descendance.

Pour conclure, les auteures mettent l’accent sur la nécessité de considérer de façon systématique le lieu de naissance du conjoint dans les futures études sur la fécondité entre femmes immigrantes et femmes nées au Canada. De plus, cette étude ouvre la voie à des études longitudinales, afin d’affiner les résultats et de mieux comprendre les facteurs influençant ces trajectoires.