À propos de l'étude

Ce texte de vulgarisation résume l’étude de Gilles Pronovost, « Le temps parental sous tension », chap. in Que faisons-nous de notre temps? Vingt-quatre heures dans la vie des Québécois. Comparaisons internationales, publié en 2015 dans Québec, Les Presses de l’Université du Québec, 2015, p. 47-57.

  • Faits saillants

  • Les parents québécois consacrent de plus en plus d’heures au travail salarié.
  • Tant les mères que les pères préfèrent se priver de moments de loisir que de réduire le temps consacré aux enfants.
  • Les pères investissent presque autant de temps que les mères dans les soins aux enfants, mais ces dernières assument encore beaucoup plus de tâches ménagères.

Que faisons-nous de notre temps ? Le titre de l’ouvrage de Gilles Pronovost, professeur au département des études en loisir, culture et tourisme de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), va droit au but : vingt-quatre petites heures et tant de choses à accomplir… surtout pour les parents! C’est du moins ce que constate l’auteur dans le chapitre « Le temps parental sous tension », qui brosse le portrait du quotidien des parents québécois au cours des dernières décennies.

Pour ce faire, le professeur de l’UQTR utilise les données de cinq enquêtes sur l’emploi du temps réalisées par Statistique Canada entre 1986 et 2010. Entre 1800 et 3800 parents québécois ont participé à chacune de ces études. Pronovost décrit ici l’évolution du temps consacré à différentes activités quotidiennes, ce qu’on appelle les temps sociaux : travail salarié, travail ménager, loisirs, temps parental. En se fondant sur ces données, le chercheur élabore trois scénarios de répartition du temps possibles pour les familles des prochaines décennies.

Des inégalités qui s’amoindrissent, d’autres qui perdurent

Comme le démontrent les graphiques 1 et 2, le temps consacré à certaines activités dans les ménages tend à évoluer… parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Du côté du meilleur : les pères consacrent maintenant 6,6 heures par semaine aux soins des enfants, soit plus du double qu’en 1986 (3,1 h). En comparaison avec les 7,1 heures par semaine des mères, on peut dire que l’égalité est à portée de main. Le portrait est moins reluisant du côté des travaux ménagers : les mères (15,2 h) fournissent toujours 50 % plus de temps que les pères (10,5 h), bien que ces derniers y investissent trois heures de plus par semaine qu’il y a 25 ans.

Graphique 1 : Nombre d’heures consacrées à certaines activités chez les pères au Québec, 1986-2010

Graphique 2 : Nombre d’heures consacrées à certaines activités chez les mères au Québec, 1986-2010

La famille avant tout

On observe une diminution des heures de travail salarié chez les parents au cours des années 1990 par rapport aux années antérieures. Le début du nouveau millénaire témoigne cependant d’un retour aux données de 1986. Or, l’augmentation du temps consacré au travail salarié a un impact majeur sur le temps consacré aux autres activités quotidiennes, tant chez les mères que chez les pères. Plus les heures de travail salarié augmentent, plus le temps consacré aux autres activités diminue, sauf le temps parental.

Les mères et les pères tiennent mordicus au temps parental, tant celui accordé aux soins des enfants (hygiène, éducation, jeu) que celui passé en famille (repas, activités culturelles, regarder la télévision ensemble). À l’échelle du pays, « les parents québécois sont maintenant plus présents auprès de leurs enfants que leurs homologues canadiens ». En effet, l’auteur mentionne que les pères québécois consacrent plus de temps à leurs enfants que la moyenne canadienne, et que les mères québécoises sont « championnes du temps parental ».

« […] face aux contraintes du travail ou de leurs autres tâches, les parents tendent à résister fortement à la diminution du temps qu’ils consacrent directement aux soins et à l’éducation des enfants […] »

Recherché : temps libre pour loisirs

L’augmentation du temps accordé au travail salarié a aussi un impact sur le temps des loisirs, particulièrement chez les femmes. Comme on refuse de toucher au temps accordé aux enfants, on récupère le manque de temps en coupant dans les loisirs.

« [Les mères] jouissent maintenant du plus faible temps de loisir jamais mesuré dans les quelques enquêtes canadiennes. Au tournant du siècle, les gains en temps libre des femmes ont été rayés d’un seul trait, c’est là un retour d’une vingtaine d’années en arrière. »

Et maintenant, on fait quoi ? Trois scénarios pour l’avenir

En se fondant sur ces données, Pronovost décrit trois scénarios de répartition du temps possibles pour les familles des prochaines décennies.

Dans le premier cas, les parents sont de plus en plus débordés par le travail salarié, ce qui entraîne frustration, stress et problèmes de conciliation travail et famille. Conséquence : les parents coupent dans le temps accordé aux enfants. Deuxième possibilité : le statu quo. Le temps accordé au travail salarié cesse de croître et se stabilise; les parents arrivent à développer des stratégies qui leur permettent de mieux concilier le travail et la famille, et ainsi augmenter à la fois le temps passé avec les enfants et le temps consacré aux loisirs. Le troisième scénario est plus radical : c’est celui « du refus de la situation actuelle, d’une sorte de révolte des parents face aux contraintes du marché du travail ».

« [Dans ce troisième scénario], on n’accepte plus que les responsabilités familiales et que les temps libres soient sacrifiés sur l’autel du travail. On refuse donc les heures supplémentaires et les longues journées de travail. […] Le temps libre recommence à croître et, encore ici, on vise une certaine parité entre les parents. »

Est-ce réaliste ? Les défis qui attendent les futurs parents sont immenses mais, comme le souligne l’auteur, certains d’entre eux pourraient bien profiter d’une conjoncture plus favorable à leurs revendications : « […] l’attitude des futurs parents, dans les nouvelles jeunes familles, peut s’avérer déterminante. Avec la pénurie de main-d’œuvre à l’horizon, les parents relativement scolarisés détiennent une partie de la clé du futur de la société québécoise. »