À propos de l'étude

Ce texte de vulgarisation résume l’étude d’Ève Dubé, Dominique Gagnon, Zhou Zhou et Geneviève Deceuninck, « Parental Vaccine Hesitancy in Quebec (Canada) », publiée dans PLOS Current Outbreaks, mars 2016, p. 1-14. 

  • Faits saillants

  • Quarante pour cent des parents interrogés dans le cadre de cette enquête disent avoir déjà hésité à vacciner leur enfant, à une ou plusieurs reprises.
  • L’hésitation des parents varie selon le type de vaccins; elle est plus marquée face aux vaccins récents.
  • Les principales causes de l’hésitation/du refus des parents sont : la crainte des effets secondaires (dont l’affaiblissement du système immunitaire de l’enfant), le manque de confiance envers l’information fournie par les autorités médicales et le doute quant à l’utilité du vaccin pour protéger les enfants ou la communauté.

Au Québec, la vaccination des enfants n’est pas obligatoire, bien que fortement recommandée. La crise qui a sévi en 2015 dans Lanaudière, alors qu’on a rapporté 136 cas de rougeole, rappelle que le scepticisme à l’endroit de la vaccination est bel et bien présent dans la belle province. L’objectif de Québec : faire en sorte que 95 % des enfants aient un carnet de vaccination à jour. Or, on peine à dépasser le cap des 80 % (Québec, 2013). La méfiance des parents à l’égard des vaccins est un phénomène bien réel, d’où la nécessité, selon les autorités de santé publique, de surveiller de près son évolution.

C’est pour comprendre les motifs de cette hésitation qu’Ève Dubé et Dominique Gendron, de l’Institut national de santé publique du Québec, ainsi que Zhou Zhou et Geneviève Deceuninck, du Centre de recherche CHU de Québec, ont précédé à une enquête auprès des parents québécois. À l’aide d’un questionnaire soumis par téléphone, les chercheures ont sondé 589 parents de partout au Québec pour mieux comprendre leurs attitudes et croyances (Knowledge, Attitudes and Beliefs) à l’égard de la vaccination.

Hésiter ou refuser : tous dans le même panier

Qui sont donc les parents dits hésitants? Les chercheures se basent sur la définition fournie par un groupe d’experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) responsables d’étudier ce phénomène.

Définition l’OMS de « l’hésitation à faire vacciner »:

« The World Health Organization […] defines vaccine hesitancy as ‘delay in acceptance or refusal of vaccines despite availability of vaccine services’. […] A vaccine-hesitant person can delay, be reluctant (but still accept), or refuse one, some or all vaccines. »

Les parents font partie de cette catégorie s’ils hésitent ou refusent de fournir un ou l’ensemble des vaccins prescrits par l’État. Selon l’étude, l’hésitation des parents varie, notamment, avec le temps. Ainsi, 58 % des parents hésitants ont tout de même fini par fournir tous les vaccins recommandés à leurs enfants selon le calendrier officiel. Dix pour cent des parents ont hésité longtemps, mais les vaccins ont tous été donnés, bien qu’avec retard. Les 32 % restant ont quant à eux refusé un ou plusieurs des vaccins.

Vaccination à la carte

L’hésitation des parents varie aussi selon le type de vaccins. Les vaccins contre l’influenza, la varicelle, le VPH  (virus du papillome humain) et le rotavirus suscitent plus de méfiance que les vaccins « traditionnels ». Selon les chercheures, les « nouveaux » vaccins pour enfants sont perçus par plusieurs parents comme n’étant pas nécessaires. La controverse entourant le vaccin contre le VPH, introduit dans le carnet de santé en 2008, en est un bon exemple. Encore aujourd’hui, il demeure  une source de débat dans l’espace public.

Causes de l’hésitation

Pourquoi certains parents sont-ils si méfiants? Qu’est-ce qui motive cette hésitation? Les chercheures identifient quatre causes.

Premièrement, 36 % des parents hésitants disent craindre les effets secondaires de certains vaccins, comme l’affaiblissement du système immunitaire de l’enfant ou même un risque de développement d’un trouble du spectre de l’autisme. Deuxièmement, 30 % des parents hésitants croient que la maladie en question, selon le cas, n‘est pas dangereuse pour leur enfant ou pour la communauté. Troisièmement, 14 % d’entre eux réfutent l’efficacité des vaccins comme mode de prévention des maladies. Finalement, les chercheures mentionnent le clivage grandissant entre le discours médical et les croyances des parents hésitants. Plusieurs d’entre eux font de moins en moins confiance aux institutions médicales, surtout à l’industrie pharmaceutique. Une méfiance qui se répercute sur la relation patient-médecin et sur l’ouverture face aux recommandations des autorités de santé publique.

« [A]nother significant factor was a lack of trust in the information received about vaccination. While public health role is to ensure that the public is well-informed on vaccination, this finding highlights an important barrier when addressing vaccine hesitancy: the fact that some vaccine-hesitant parents might not trust the information about vaccination that they received. […] An extensive review of the literature has also highlighted that vaccine hesitancy in the public was not due to people being uninformed or misinformed, but rather because of multiple forms of distrust (of doctor, of government sources, of pharmaceutical companies). » 

La faute à l’Internet?

L’hésitation à faire vacciner existe bel et bien, et découle du manque de confiance envers le discours médical, de la peur des effets secondaires ou encore, tout simplement, d’un doute quant à l’efficacité des vaccins. Il serait intéressant de connaitre le rôle de la désinformation qui circule sur le web à propos des vaccins. Si Internet donne la possibilité à quiconque de trouver des informations pertinentes, encore faut-il savoir reconnaitre le vrai du faux. Les sites de vulgarisation scientifique, qui démythifient certaines croyances, sont un bon début pour fournir les outils critiques aux citoyens. En les utilisant, les parents québécois seraient à même de juger de l’information qu’ils reçoivent et de faire des choix éclairés.