À propos de l'étude

Ce texte de vulgarisation résume l’étude de Suzanne Léveillée, Lysianne Touchette, Robert Ayotte, Daniel Blanchette, Martin Brisson, Alain Brunelle et Claude Turcotte : « Changement psychologique des hommes qui exercent de la violence conjugale », publiée en 2013 dans la Revue québécoise de psychologie, vol.34, no 1

  • Faits saillants

  • Les conjoints violents ont plus de difficulté à identifier et à verbaliser leurs émotions que les autres. La psychothérapie peut les aider à améliorer cette capacité.
  • Après la thérapie, on observe également une diminution des symptômes dépressifs chez plusieurs hommes.
  • L'étude ne permet pas de confirmer la diminution de tous les comportements violents (comme la violence verbale et psychologique), ni de confirmer que la baisse des comportements violent persiste dans le temps.

Selon un certain discours populaire, les hommes violents ne changent jamais. Étonnamment, une étude effectuée en 2013 tend plutôt à démontrer l’inverse, dans la mesure où ces hommes acceptent de suivre un traitement psychologique.

Des chercheurs ont en effet noté des changements de comportement positifs, suite à une série de rencontres psychologiques (21-25), chez un groupe de vingt hommes violents consultant dans un organisme pour leurs comportements de violence conjugale. Les participants ont été recrutés dans deux centres d’aide spécialisés en violence conjugale, en Mauricie et à Lanaudière. Trois critères ont été retenus pour évaluer l’évolution des comportements chez les hommes :

  1. L’alexithymie. La difficulté à reconnaître et à nommer les émotions.  Elle est beaucoup plus répandue chez les hommes ayant commis de la violence conjugale que chez les hommes de la population générale.
  2. La dépression. Le passage à l’acte violent est fréquemment associé à la fuite de la dépression.
  3. L’impulsivité. Les recherches antérieures révèlent des taux d’impulsivité plus élevés chez les hommes ayant des comportements violents en contexte conjugal que chez les autres.

Alexithymie

Graphique 1 : Pourcentage des hommes de l’étude qui présentent des symptômes d’alexithymie et de subalexithymie avant et après les thérapies

La psychothérapie aide les hommes à reconnaître et à nommer leurs émotions.  Avant la thérapie, 65 % des hommes étaient considérés comme alexithymiques ou subalexithymiques (subalexithimie désignant la zone grise entre alexithymie et la non-alexithymie). À la fin du traitement, cette proportion était tombée à 35%.

Dépression

Graphique 2 : Pourcentage des hommes de l’étude affectés par la dépression en fonction de la sévérité des symptômes avant et après les thérapies

On observe également une diminution de l’état dépressif entre le début et la fin du suivi thérapeutique. Avant la thérapie, les hommes présentant des symptômes  dépressifs (léger, modéré et sévère) représentaient 40 % de l’échantillon. Après la thérapie, ils ne représentent plus que 20 %.

Impulsivité

Graphique 3 : Niveau d’impulsivité observé chez les hommes de l’étude avant et après les thérapies

Changer… pour de bon?

Avant la thérapie, la plupart des hommes présentaient d’importantes difficultés à identifier et à verbaliser leurs émotions. Une fois la thérapie terminée, on note une nette amélioration quant à leur capacité d’exprimer leurs émotions ainsi qu’une baisse marquée des symptômes dépressifs.

Cependant, cette étude n’a pas évalué si  ces améliorations se traduisent par une diminution des comportements violents envers la conjointe. Les chercheurs ne sont pas non plus en mesure d’affirmer si les changements observés  persistent dans le temps.

Fait à noter : comme c’est souvent le cas dans ce type d’études, les chercheurs doivent composer avec l’effet de « désirabilité sociale », c’est-à-dire que les personnes interrogées ont tendance à répondre, consciemment ou non, de façon conforme à ce qu’on attend d’eux.

Lorsqu’ils sont encouragés à parler de leurs émotions, les hommes violents peuvent améliorer leurs comportements. Mais s’ils semblent plus aptes à utiliser les mots plutôt que les poings, leur arrive-t-il encore d’utiliser des mots… qui frappent? La violence physique se transforme-t-elle en violence verbale et psychologique ? Ou, à l’inverse, la diminution de la violence physique entraîne-t-elle aussi une diminution de la violence psychologique? Il serait intéressant que des études ultérieures se penchent sur ces questions.