À propos de l'étude

Ce texte de vulgarisation résume l’étude Elisabeth Godbout et Marie-Christine Saint-Jacques, « Les interventions spécifiquement dédiées aux familles séparées et recomposées : analyse de l’offre de services au Québec » publiée en 2015, Collection Comment intervenir?  (3)

  • Faits saillants

  • Les familles séparées ou recomposées ont accès à deux types de services de soutien: 1) des services universels, disponibles sur tout le territoire québécois; 2) des services spécifiques, issus d’initiatives locales, qui répondent aux besoins de régions ou de quartiers précis.
  • Il existe des disparités importantes dans les offres de services spécifiques selon le territoire.
  • Peu d’organismes offrent des services spécifiques en soutien direct aux enfants.

Faire le deuil de sa relation. S’entendre sur un horaire de garde. Réorganiser ses finances. Entamer une autre vie, comme famille monoparentale ou encore en famille recomposée.

Se séparer est difficile, exigeant. La création d’une nouvelle famille peut l’être tout autant. Souvent, les familles ont besoin de soutien pour passer à travers cette période de transition et s’ajuster à une réalité jusque-là méconnue. L’accompagnement peut aussi aider à prévenir des problèmes d’adaptation plus sérieux, comme un conflit important entre ex-partenaires conjugaux et la perte de liens entre un des parents et les enfants.

Heureusement, au Québec, plusieurs services sont offerts aux familles séparées et recomposées, notamment en médiation familiale et en supervision des droits d’accès (1). L’offre de services est-elle adéquate et suffisamment accessible? Comment se compare-t-elle d’une région à l’autre du Québec? Ces questions ont été peu analysées par les chercheurs jusqu’à maintenant. Godbout et Saint-Jacques décrivent ici les types de services actuellement offerts et présentent leur répartition géographique sur le territoire québécois.

Méthode et définition

Dans cette étude, un service est défini comme une activité visant à aider ou soutenir les personnes (parents, beaux-parents, enfants) vivant des transitions familiales (séparation parentale, recomposition familiale).

Ce service est :

  • spécifique, soit conçu et offert de façon à répondre précisément aux défis et enjeux des adultes et enfants de familles séparées ou recomposées, ce qui exclut les services généraux (ex. services du programme enfance-famille-jeunesse des CSSS qui s’adressent aux familles vivant des difficultés de tout ordre);
  • d’ordre psychosocial, juridique ou économique;
  • gratuit ou à faible coût, ce qui exclut les services privés.

La recension des services a été effectuée à l’aide de différentes ressources documentaires (bottins de ressources communautaires, sites internet des principaux ministères et de l’Institut national de la santé publique, rapports annuels des Centres jeunesse, Google, etc.) et d’entretiens réalisés avec des informateurs-clés provenant des milieux gouvernementaux et institutionnels concernés (ministère de la Justice, ministère de la Famille, ministère de la Santé et des Services sociaux).

Universels et locaux

Certains services sont universels, i.e. qu’ils sont disponibles sur tout le territoire québécois. D’autres sont issus d’initiatives locales et répondent aux besoins de régions ou de quartiers spécifiques.

1. Les services spécifiques et universels

Les services spécialisés offerts aux familles séparées sur une base universelle relèvent presque tous de l’État (ministère de la Justice et centres jeunesse). Ces interventions sont à la fois d’ordre psychosocial, juridique et économique.

Tableau 1: Les services universels

Tableau 1: Les services universels

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2. Les services spécifiques et disponibles localement

La plupart des services locaux sont offerts par le secteur communautaire (62 organismes au total). Les organismes proposent la supervision des droits d’accès ainsi que des services juridiques (ex. clinique d’information juridique) et psychosociaux (ex. accompagnement individuel pour les mères qui se séparent, ateliers pour les familles recomposées). La clientèle varie d’un organisme à l’autre : parents ou beaux-parents, pères ou mères seuls et jeunes de différents groupes d’âge.

Dans la grande région de Montréal, certains établissements publics ont également développé des services locaux. Par exemple, les CSSS Dorval-Lachine-Lasalle et Ahuntsic-Montréal-Nord ont mis sur pied des groupes d’entraide, l’un destiné aux parents séparés et l’autre aux enfants vivant la séparation de leurs parents. Quelques centres jeunesse offrent également des services de médiation familiale. Le Centre jeunesse de Montréal-Institut universitaire y ajoute des ateliers sur la communication parentale après la séparation, des groupes de soutien pour les enfants dont les parents sont séparés ou en voie de séparation et un projet pilote de coordination parentale. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le centre jeunesse a mis sur pied des groupes de soutien qui s’adressent aux enfants de parents séparés.

Tableau 2 : Les services locaux

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Des régions désavantagées

Les services locaux sont surtout concentrés dans la métropole, incluant Laval, et la Capitale-Nationale. Le reste du territoire québécois semble sérieusement désavantagé. En Abitibi-Témiscamingue, par exemple, on ne dispose d’aucune ressource locale spécifique. Dans la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, un seul organisme offre la supervision des droits d’accès sur tout le territoire et aucun ne propose de services psychosociaux pour les familles qui vivent une séparation ou une recomposition.

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Et les enfants dans tout ça?

Certains organismes offrent des services destinés directement aux enfants et aux jeunes, le plus souvent sous la forme de groupes de soutien pour jeunes d’âge scolaire qui vivent la séparation de leurs parents. Peu de services individualisés sont offerts et certains groupes d’âge sont peu pris en compte (les 0-5 ans et les adolescents). Sur le plan géographique, aucun groupe pour enfants n’a été recensé dans sept régions du Québec : Mauricie, Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Nord-du-Québec, Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Lanaudière et Laurentides.

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Comme une photo

Sans surprise, les régions les plus densément peuplées sont beaucoup mieux desservies que d’autres sur le plan de la quantité et de la diversité des services. Les impacts de cette situation sur la réalité des familles sont très peu documentés.

Afin de compléter cette analyse, les chercheures estiment nécessaire d’effectuer un portrait de la clientèle qui utilise les différents services recensés, de tracer les trajectoires de services empruntées et d’évaluer, avec plusieurs temps de mesure, les retombées de ces interventions.

Selon les auteures, cette recension doit être considérée comme un portrait de la quantité et de la répartition des services – et non de la qualité de ces services – bref, comme une sorte de photo de l’offre, prise à un moment précis.

 

 

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Note :

Cette étude a été rendue possible grâce à des subventions du Conseil de recherche en sciences humaines (ARUC – séparation parentale, recomposition familiale).

(1) Les visites supervisées permettent à l’enfant de maintenir un contact avec son parent non gardien lorsque ce dernier représente un danger pour l’enfant, et ce, en présence d’une tierce partie. Les échanges de garde supervisés s’effectuent dans les mêmes ressources qui dispensent les visites supervisées. Ce sont des services qui permettent aux parents d’échanger la garde de l’enfant, en présence d’une tierce personne, et ce, sans avoir à se côtoyer l’un et l’autre. Saint-Jacques, M.-C., Fortin, M.-C., St-Amand, A., Drapeau, S., & Gagné, M.-H. (2016). Description des services de droits d’accès supervisés au Québec. Rapport final présenté au ministère de la Justice du Québec.

(2) Comme le projet a été réalisé avant l’entrée en vigueur de la Loi modifiant l’organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux, on utilise ici l’ancienne nomenclature : centre jeunesse et centre de santé et de services sociaux (au lieu de CISSS et CIUSSS).